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La mort de Franck Ruggeri - 23 mars 2012

 

C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris la mort de l'incroyable defricheur de voies qu'était Franck Ruggeri, un homme aussi brillant sur le terrain que dans son "atelier" où il s'amusait à confectioner les ancètres des "friends" actuels (ces coinceurs en bois dur qui existaient en 5 tailles différentes pouvaient coincer dans une fissure jusqu'à 26 cm, c'est tout spécialement pour l'ouverture de la face Nord de l'Argentera qu'il avait mis au point ces petits bijoux);

Je ne vous parlerai pas  du palmares de cet alpiniste aussi atypique qu'attachant, les "premières" dont il fait l'objet étant nombreuses, je ne citerai que l'exceptionelle voie ouverte en face nord du Corno Stella en 1963, avec son compagnon de cordée Didier Ughetto, une ED d'ambiance sur une paroi mythique avec, en prime, le magnifique couloir du Lousousa dont il faut remonter la partie inférieure . 

Une voie dont la première ascension hivernale à été faite par la suite par notre ami Jean Gounand et son compère Georges Grisolle, guide de haute-montagne originaire du var (tragiquement disparu dans une avalanche) particulièrement discret, la tout en trois jours en 1971 - Patrick Berhault se chargera de faire la première ascension solitaire en 1996.

 

 

Un article publié dans "Nice Matin" du 4 Octobre 2009

Dès le début des années 60, la cordée formée par Franck Ruggeri et Didier Ughetto a arpenté les massifs du Mercantour et de l'Argentera. Leur association durera une quinzaine d'années et seuls les aléas de la vie les sépareront. Durant cette période, ils vont marquer l'histoire de l'alpinisme régional en ouvrant des voies désormais devenues « classiques » pour les alpinistes. Si Didier Ughetto n'est plus de ce monde, Franck Ruggeri, à l'aube de ses 81 ans, garde une santé étincelante. Rencontre

Comment se sont passés vos débuts en escalade ?

Je suis né à Menton en 1928. Mon père était Italien et tenait un magasin de photographie. Pendant la Seconde guerre mondiale, nous avons dû fuir Menton vers l'Italie du Nord, au pied des Alpes et du Mont-Rose où nous avions de la famille. Pour gagner un peu d'argent, je suis devenu bûcheron et j'ai découvert la montagne vers l'âge de 15 ans. J'ai rencontré un guide qui est devenu mon ami et qui m'a fait faire des parcours très faciles. Je suis d'ailleurs longtemps resté un grimpeur très moyen. Pendant dix ans, je n'ai pas dépassé le niveau IV . A la fin de la guerre, je suis rentré à Menton où j'ai repris le magasin de mon père, en continuant à pratiquer la montagne, mais à un petit niveau.

Qui ont été vos compagnons de cordée ?

Ma femme a été longtemps attachée à ma corde, je grimpais en « tête » dans des voies faciles. Un jour, au pied de la « Cougourde » , dans le Boréon, nous rencontrons un couple qui grimpe aussi. Sous la dalle qui servait de refuge à l'époque, nous faisons connaissance de Michel et Francine Dufranc, qui, eux, étaient déjà de forts grimpeurs. Michel me propose alors de l'accompagner et devient mon premier de cordée pour les voies plus dures. Nous réussissons même quelques « premières hivernales » et ouvrons quelques variantes de voies. Le magasin m'imposait des horaires de travail qui ne concordaient pas avec ceux de Michel. Nos rencontres s'espacent.

A l'époque, nous nous réunissions tous chez Vincent Teisseire, le patron du magasin de montagne « Teisseire Sport » à Nice, rue Longchamp. Vincent me présente Didier Ughetto, un débutant qui a les mêmes disponibilités que moi. Il deviendra mon compagnon de cordée pour le reste de ma carrière.

Qu'est ce qui vous a poussé à ouvrir de nouvelles voies ?

Je suis photographe ! J'ai toujours pris des photos en montagne. La semaine, au magasin, j'avais tout loisir de rêver sur ces parois. Je me suis vite aperçu, en traçant les itinéraires existant sur les photos, que ceux-ci zigzaguaient sur les faces, empruntant de grandes traversées, les faiblesses du rocher. Il restait les itinéraires les plus esthétiques, les grandes envolées rectilignes. D'où ce nom de « directissime », encore plus direct vers le sommet. Et puis, j'ai eu la chance qu'à l'époque, il y avait tout à inventer !

Vous êtes-vous préparé physiquement ?

Oui, déjà à l'époque, je tenais des cahiers d'entraînement. Beaucoup de marches, de courses. De juin à septembre, mon métier de photographe occupait toutes mes journées. Je m'entraînais donc au Baou de Saint-Jeannet où je testais aussi le matériel. C'est aussi sûrement à cause de cela que j'ai eu l'idée de faire des hivernales. Cela explique aussi qu'avec Didier, nous n'ayons presque rien fait dans le massif du Mont-Blanc et plus dans le massif des Dolomites où l'arrière-saison était meilleure.

Quel était votre matériel à l'époque ?

Des chaussures rigides, une corde déjà en nylon, un baudrier, un marteau, quelques pitons .

Pour ma part, j'avais rajouté, entre la corde et le baudrier, un système de tendeur élastique de ma conception. Il permettait d'amortir les chocs sur les pitons pour éviter qu'ils s'arrachent. La corde n'était pas aussi élastique qu'aujourd'hui. J'avais aussi mis au point un descendeur qui avait la caractéristique de se bloquer automatiquement quand on le lâchait. Cet appareil n'a que peu d'équivalents aujourd'hui encore. Je regrette de n'avoir pu le faire commercialiser. Puis, grâce aux coins de bois réglables  que j'avais conçus, nous avons réussi l'ascension du « Dièdre rouge » au Corno Stella , là où plusieurs cordées de renom ont abandonné.

Votre plus grande mésaventure ?

En juin 1962, nous avons réussi avec Didier la « Brandler-Hasse » à la Cima Grande, dans le massif des Dolomites - voie réputée la plus difficile des Dolomites à l'époque -, avec des conditions météo très difficiles. Conseillés par un grimpeur suisse, nous avons bivouaqué sous le grand surplomb de quarante mètres d'avancée le premier jour, alors que nous avions le temps de continuer. Le lendemain, c'est la pluie qui nous attendait à la sortie du surplomb. La retraite étant impossible, nous avons dû continuer à monter, sans équipement pour la pluie. Après un autre bivouac imposé par la pluie, c'est la neige qui nous a réveillés. Transis de froid, nous avons dû sortir de la voie et descendre au refuge, épuisés. Nous nous sommes alors aperçus que nous n'aurions pas supporté une journée de plus dans la face. Cette histoire avait d'ailleurs défrayé la chronique dans la presse italienne.

Aujourd'hui, quelles sont vos activités ?

Je ne grimpe plus, mais j'aime écouter les jeunes alpinistes qui me rendent visite. Les nouvelles méthodes, le matériel et aussi les réalisations dans nos montagnes. Depuis que j'ai arrêté l'escalade, je pratique le VTT de descente. Attention, il faut un vélo spécial ! D'ailleurs, dans la forêt de Menton, j'ai moi-même tracé plusieurs parcours de niveaux différents. Cette semaine, je dois y aller pour faire quelques descentes et entretenir le site. J'emmène toujours ma pelle et mon râteau !



24/03/2012
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